Quand un petit malin profite de sa double casquette

le défenseur des roms se faisait payer pour les virerJouer les défenseurs des Roms pour mieux se faire payer afin de les faire dégager….

Extrait du livre « Le tour de France de la corruption », de Jacques Duplessy et Guillaume de Morant, publié aux éditions Grasset, novembre 2016.

En arrivant à Bordeaux, je découvre que même la misère suscite des convoitises. Dans la capitale de l’Aquitaine, des populations roms se sont établies comme dans toutes les grandes villes et survivent difficilement. Sylverio Lobao était un défenseur reconnu de la cause rom. À la tête de son association Procom, il militait pour des conditions de vie dignes pour ces populations précaires, négociant avec la mairie et la préfecture l’installation d’eau, d’électricité, de toilettes dans leurs squats, ou encore de solutions d’insertion plus durables.

En 2009, en partenariat avec l’association Médecins du monde, il avait obtenu la création de structures de stabilisation pour ces Roumains et ces Bulgares livrés à eux-mêmes. Parallèlement, il était devenu médiateur à la mairie de Bordeaux pour les Roms, tout en gardant la présidence de l’association Procom.
Mais Lobao avait également trouvé un moyen d’arrondir ses fins de mois. Il monnayait, auprès d’entreprises immobilières, l’évacuation « spontanée » de certains squats de l’agglomération bordelaise. C’est un gérant de société en conseil immobilier qui a révélé l’affaire. Le terrain qu’il gérait à Floirac (Gironde) était illégalement occupé par des Roms. Une de ses connaissances lui conseille alors de faire appel à Sylverio Lobao. Ce dernier peut lui arranger, moyennant finances, le départ des indésirables hors de toute procédure légale. Lui-même a déjà utilisé ses services à deux reprises en 2008 et en 2011 contre le versement d’une somme globale de 22 000 euros.

Le gérant rencontre alors Sylverio Lobao, qui lui propose d’arranger le départ des Roms contre rétribution. Une convention est même signée entre les deux parties : s’il parvient à faire partir les squatters, son association recevra 6 000 euros. Lobao échoue et, finalement, l’argent n’est pas versé. Mais la justice est alertée et ouvre une enquête. Les policiers découvrent que le président de Procom n’en est pas à son coup d’essai… et que l’argent de l’association sert pour des dépenses personnelles : locations de voitures, vacances au Portugal, frais d’hospitalisation de son père…

« À aucun moment je n’ai mélangé mon travail de médiateur et ma fonction de président d’association, a déclaré Sylverio Lobao pour sa défense. Je pense que c’est un procès politique, qui vient de politiques qui sont utilisés par la préfecture, parce qu’on veut ma tête, parce que je dérange. J’ai été le grain de sable, j’ai dénoncé des pratiques en cours concernant les Roms. On a voulu faire fermer la gueule d’un militant associatif. Je ne suis pas un profiteur, je ne suis pas un escroc. J’ai juste été maladroit sur la gestion des fonds de l’association. Je n’ai pas à rougir de ce que j’ai fait ni en tant que président d’association, ni en tant que médiateur. »

Le tribunal ne l’a visiblement pas suivi et il a été condamné en janvier 2014, pour corruption passive et abus de confiance, à un an de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction d’exercer des responsabilités associatives ou professionnelles dans le secteur social. « C’est une enquête entièrement à charge, dénonce Julien Mazille, son avocat. La majeure partie des fonds de son association a été utilisée pour soutenir la population rom. On a voulu le faire taire. La corruption n’est absolument pas constituée. Le problème est qu’à un moment Monsieur Lobao a confondu l’association et son patrimoine personnel. Dans la mesure où il était le seul à s’en occuper, il y a une maladresse de sa part, mais il n’a abusé de la confiance de personne. La peine prononcée à son encontre est démesurée. Elle ne lui permet plus d’exercer son activité associative. On veut le bâillonner, c’est insupportable. »

En appel, Sylverio Lobao a finalement été relaxé des faits de corruption passive en septembre 2014, et le tribunal l’a condamné à six mois de prison avec sursis pour abus de confiance. La Cour a estimé que la promesse d’évacuation des Roms n’avait pas été négociée ou facilitée dans le cadre de sa mission de médiateur social, mais avait été conclue en raison de son activité militante au sein de l’association Procom. Les juges ont souligné que ses premières interventions en 2008 et 2011 étaient antérieures à son contrat de travail avec la mairie. Le tribunal a toutefois confirmé l’interdiction d’exercer pendant cinq ans des responsabilités associatives ou professionnelles dans le secteur social.

Une des nombreuses anecdotes que ce livre conte…..

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Ajoutons une petite précision qui ne figure pas dans cet extrait: Sylverio Lobao (qui se fait aussi appeler « Jérôme » Lobao) est militant du Parti socialiste. Il a été le directeur de campagne de Michèle Delaunay lors des législatives de 2007.

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TDK

Homme blanc, Breton, catholique et hétérosexuel. Accessoirement économiste et Conseiller auprès de chefs d'entreprises. Créateur (entre autres) du site d'information économique MaVieMonArgent.info

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