Certains clients de HSBC Private Bank ne plaçait pas que de l’argent propre…

Des noms de politiques libanais, syrien, tunisien, haïtien, égyptien, chinois, sortent de l’affaire HSBC.

Ce ministre libanais devait se sentir comme chez lui chez HSBC Private Bank. Il faut dire qu’en plus d’occuper des fonctions stratégiques au sein du gouvernement, il est aussi entrepreneur à succès. La somme de ses comptes genevois avoisinait les 42 millions de dollars.

Le jeudi 19 mai 2005, son banquier a donc eu la gentillesse de se déplacer au Noga Hilton, à quelques encablures de la banque. «Nous avons revu ses comptes […]. Je l’ai invité à dîner à la maison samedi soir», peut-on lire dans les notes du système informatique de la banque que nous avons pu consulter.

En décembre, il est repassé à Genève pour fermer son coffre privé au quai Wilson 37… et en ouvrir un nouveau au quai ­Général-Guisan 2. Il a aussi signé une lettre pour transférer 100 000 dollars du compte d’une société à Guernesey vers son compte personnel. «Client satisfait», consignait scrupuleusement le banquier.

A la même époque, pourtant, des rumeurs persistantes et des articles de presse accusaient le ministre de corruption, notamment dans le cadre d’une faillite bancaire en 2003. Les diplomates américains évoquent ces soupçons dans les câbles confidentiels révélés par WikiLeaks. Ils y mentionnent ses «affaires immobilières opaques», et le risque qu’il ­devienne la cible d’enquêtes judiciaires à ce sujet.

Réagissant il y a une semaine à nos sollicitations, un porte-parole du ministre fait aujourd’hui savoir que son client et sa famille étaient riches bien avant son accession au pouvoir, et que le compte en question n’était pas lié à ses fonctions politiques. Son groupe familial est actif dans la construction, l’immobilier, l’ingénierie et l’aviation. Au Liban, affaires et politiques sont intimement liées.

Mais le ministre libanais n’est que l’un des nombreux PEP problématiques que comptait la banque. Dans les fichiers HSBC, nous en avons recensé plusieurs dizaines. Souvent issus de pays qui occupent le sommet du classement mondial de la corruption: Egypte, Ukraine, Tunisie, Chine, Liban, Maroc, Syrie… Comme le montrent les documents des SwissLeaks, HSBC avait ainsi pour clients:

L’ancien ministre égyptien du Commerce et de l’industrie, Rachid Mohamed Rachid (2004-2011), condamné à 5 ans de prison en juin 2011 pour abus de biens sociaux issus des fonds pour le développement du pays; il avait 31 millions de dollars chez HSBC. En 2011, ses avoirs ont été gelés en Suisse.

Frantz Merceron, ancien ministre des Finances haïtien, avait un compte chez HSBC des années après que son rôle dans le pillage de l’île par Jean-Claude Duvalier eut été révélé. Il avait plus de 1,2 million de dollars chez HSBC.
Un autre ministre libanais*. Ses comptes chez HSBC totalisaient quelque 75 millions de dollars au nom de différentes sociétés. Fin 2013, le procureur libanais chargé des questions financières a ouvert une enquête après que lui et un autre ministre se sont mutuellement accusés de corruption.

Y.*, fille d’un ancien premier ministre chinois, avait presque 2,5 millions de dollars chez HSBC. Au moment de l’ouverture de son compte, en 2001, son père occupait encore de hautes fonctions au sein du Parti communiste chinois.

Rami Makhlouf, cousin du président syrien Bachar el-Assad, accusé en 2008 par le Département du Trésor américain de bénéficier d’un vaste réseau de corruption en Syrie, notamment en contrôlant les licences pour les entreprises étrangères actives dans le pays. Depuis mai 2011, Rami Makhlouf a été placé sur la liste des sanctions de l’Union européenne, puis sur celle de la Suisse deux ans plus tard. Total sur ses différents comptes en 2006: 27 millions de dollars.

Eyad Makhlouf, qui a été placé sur la liste des sanctions suisses contre le régime syrien le 6 novembre 2013. Motif? Il est le frère de Rami Makhlouf, et accessoirement impliqué dans des violences contre les populations civiles. Au moment de remplir le formulaire d’ouverture du compte, le 3 avril 2000, un employé de HSBC notait en lettres capitales: «HE IS CAPTAIN IN THE ARMY.» Nationalité: «République arabe syrienne». La brutalité du régime et les soupçons de corruption n’ont pas empêché la banque de poursuivre sa relation bancaire avec Eyad Makhlouf. Avoir en banque en 2006: plus de 1,3 million de dollars.

Accueillir un PEP comme client n’est certes pas interdit en Suisse, mais depuis 1998, à la suite des affaires Abacha et Mobutu, le devoir de diligence des banques a été accru. Celles-ci sont censées s’assurer de l’origine des fonds et doivent effectuer des clarifications approfondies sur toutes les transactions suspectes.

«C’est particulièrement le cas lorsque les montants sur les comptes sont élevés», explique David Zollinger, ancien procureur zurichois aux affaires économiques et ancien banquier. La poursuite de la relation bancaire doit en outre être avalisée au moins une fois par an «par la direction de la banque à son plus haut niveau». Enfin, un réviseur externe doit contrôler tous les PEP un à un.

Chez HSBC, dans un cas au moins, le contrôle interne a été largement «défaillant». Le 26 avril 2013, l’autorité de régulation bancaire helvétique a sévèrement réprimandé la banque pour un mauvais contrôle des proches de l’ancien président tunisien Ben Ali. La Finma lui a infligé 3 ans d’interdiction de prendre de nouveaux PEP comme clients. Et HSBC a dû prendre à sa charge 88 000 francs de frais de procédure.

Les proches de Ben Ali avaient utilisé la banque genevoise pour transférer des dizaines de millions de francs issus de la corruption, avant que 62 millions de francs ne soient gelés en banque à la demande du Ministère public de la Confédération, le 19 janvier 2011. L’une des relations bancaires en cause était établie au nom de Belhassen Trabelsi, le frère de Leïla Ben Ali, l’épouse du dictateur.

Dans les fichiers que nous avons pu consulter, on peut voir que Belhassen Trabelsi disposait de 22 083 647 dollars sur son compte personnel, ouvert le jeudi 22 juin 2006 à 9h13 du matin. Et 2 837 034 dollars de plus sur le compte de Zenade Resources Limited à Tortola, îles Vierges britanniques. A aucun moment, ces sommes ne semblent avoir éveillé les soupçons de la banque.

HSBC Suisse n’a souhaité faire aucun commentaire spécifique concernant ses différents clients PEP.

Source: www.letemps.ch

Commentaire de Thibault Doidy de Kerguelen
Après les politiques arabes ou chinois sur lesquels tout le monde s’accorde, des noms plus « occidentaux » devraient sortir…

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TDK

Homme blanc, Breton, catholique et hétérosexuel. Accessoirement économiste et Conseiller auprès de chefs d'entreprises. Créateur (entre autres) du site d'information économique MaVieMonArgent.info

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